Mongla, Bangladesh. Je converse avec le sous-capitaine du bateau…
- Et en Suisse, les chrétiens peuvent se marier avec des musulmans?
- Oui, légalement ça ne pose pas de problème.
- Au Bangladesh aussi. Les musulmans se marient souvent avec des chrétiens, et vice-versa. En fait, on dit que chrétiens et musulmans, c’est la même chose. Tous ne croient qu’en un seul Dieu, alors ça ne fait pas de différence: c’est la même chose.
Ailleurs au Bangladesh, dans un train, on parle de viandes…
- Ici on mange beaucoup de poulet. Aussi du boeuf et du mouton. Et en Suisse?
- Aussi du poulet, du boeuf, du mouton, et du porc.
- Ah du porc? Nous en n’en mange pas.
- Pourquoi n’en mangez-vous pas?
- Je ne sais pas… On n’aime pas trop ça.
- Peut-être est-ce une question de religion. Peut-être parce que vous être musulmans?
- Ah, euh… peut-être. Je sais pas.

La religion est un sujet amusant au Bangladesh. Avec ses 156 millions d’habitants, dont 90% sont musulmans, le pays compte parmi les plus grands pays à majorité musulmane du monde. Mais on en fait peu de cas. Et la religion, malgré la présence de quelques arabes barbus dans la capitale, l’expansion des écoles primaires religieuses, et les rediffusions générales par haut-parleur de la prière du vendredi, n’est pas un thème souvent revendiqué. Pour la plupart, les gens semblent musulmans par tradition et sans engagement personnel.
Dans un bus, un vieux mendiant psalmodie des prières en arabe. La seule passagère à lui donner quelque chose est hindoue. Et certaines femmes musulmanes portent, comme les hindoues, un oeil protecteur sur le front. Quant au foulard, il est plus le fruit d’une habitude sud-asiatique qu’une réelle volonté de se couvrir. Et parmi les rares à porter un voile strict, ne laissant apercevoir que les yeux, beaucoup sont des jeunes filles qui profitent de cet artifice pour se promener incognito avec leur amoureux.
Mais ce laisser-aller irrite certains croyants. Et un professeur d’université de faire remarquer, dans un courrier de lecteur, qu’il est important, par respect pour Allah, de répondre proprement à la salutation «Assalamu alaikum» (la paix soit sur vous) par la réponse complète «Wa alaikum assalam» (et que sur vous soit la paix). «Le salam doit être offert et retourné de la façon prescrite par le Tout-puissant» et non, comme le font les jeunes, par un «wa alaikum» (et sur vous!) retentissant. Même si c’est plus cool. /AP


