«Désirez-vous boire un verre? – Non, merci. – Vous êtes sûr? Une bière? un saké? – Non, merci, tout va bien, juste de l’eau. – Oooh…bon d’accord». A ce moment-là, un doute me prend et j’ai la quasi certitude d’avoir commis un faux-pas culturel. Peut-être me proposait-il un verre pour pouvoir lui-même assouvir son envie d’alcool. «Excusez-moi, si je ne vous dérange pas, je prendrais finalement très volontiers un peu de saké. – Aaah, fantastique! Avec plaisir!». Et l’homme s’empare, tout heureux, d’une bouteille de saké ainsi que de deux petits verres traditionnels.
Mais même dans l’alcool, il y a certaines règles à respecter. Tout d’abord, ne vous resservez pas vous-même; un geste très impoli. Une tierce personne s’en chargera pour vous. Mais votre verre ne restera pas vide longtemps car si l’on vous sert, la règle veut que vous serviez la personne qui a pris soin de remplir votre coupe à saké. Servir devient donc une invitation à être servi. Bien sûr, vous n’êtes pas obligé de finir votre coupe à chaque fois, une petite gorgée suffit, ce qui offre la possibilité à un convive de vous servir…et d’être resservi.
Je vous présente Yukio; mais cela pourrait être tant d’autres hommes au Japon. Yukio a fêté ses 32 ans dernièrement, il travaille à la préfecture, il est marié et a deux magnifiques enfants. Selon les critères japonais, il mène sa vie avec succès et il a en somme tout pour être heureux. Mais Yukio trouve toute les occasions pour aller boire un verre avec ses amis. Au Japon, le karaoké est un haut lieu de divertissement pour tout âge. Il faut le voir chanter, Yukio. Il se laisse aller et exprime ses chansons avec tant d’énergie que je ne vois plus un adulte qui se divertit, mais un adolescent qui a besoin de crier son mal-être. Yukio a peut-être tout pour être heureux, mais il étouffe. Ses responsabilités professionnelles, ses obligations sociales, les impératifs familiaux l’oppressent. Il trouve un peu de répit dans quelques verres de saké après le boulot, et parfois dans une ou deux chansons.

Boire une canette de bière ou un verre de saké représente une manière de socialiser, de créer des liens ou de desserrer la cravate et de prendre une bouffée d’air. Si l’on vous propose un saké, acceptez: vous pourrez être étonné des nouvelles personnes que vous rencontrerez; comme ces marins qui, au début sur la réserve, ont découvert, après quelques verres de saké, que nous pouvions échanger avec peu de mots. Hay, Kampay! Santé! /OR
Hay, Kampay!
11/02/2011 par sauteruisseaux


